Bien qu’il ait été dit à tort lors des dernières élections municipales, qu’Hubert Bouyssière était le plus ancien maire de France, il n’en reste pas moins que sa longévité politique a de quoi faire des envieux chez les politicards.Comprendra-t-on un jour, par la voix d’un historien/sociologue, les secrets et les forces en action nécessaires à une si longue carrière* ? Chacun peut y aller de son analyse… Mais en ce vendredi 10 octobre, aucun des officiels présents pour la cérémonie marquant la nomination d’Hubert Bouyssière au titre de Maire Honoraire** de Najac ne s’est risqué à l’énumération des actions du "lion politique", tant l’homme et ses réalisations auront marqué le territoire najacois et au-delà, la politique de l’Ouest Aveyron…
Rassemblant quelques 200 najacois dans la grande salle de réception du village vacances de Puech Moutonnier, la cérémonie se voulait conviviale, "réunion entre gens du pays pour saluer tout ce qu’est Hubert Bouyssière, même si ça ne suffit pas" précisait Raymond Rébellac. D’Anne-Marie Escoffier (sénatrice) à Bernard Vidal (conseiller général) en passant par Marie-Lou Marcel (députée), Claude Cayla (association des plus beaux villages de l’Aveyron) ou Jean-Louis Grimal (représentant du CG12), tous ont salué le "serviteur exemplaire", "bel exemple pour la jeune génération", "une forte personnalité au service de l’engagement républicain", "l’honnête homme à la culture solide"… Bardé de la couronne d’éloges qui sied à la circonstance, mais fidèle à son franc parler, Hubert Bouyssière a très brièvement retracé ses 63 ans de mandat, évoquant tour à tour son élection au lendemain de la guerre, la fusion "manigancée" de Najac et Villevayre, et les noms de certains des nombreux conseillers qui l’ont accompagné au cours de ces années… Mais "tout a une fin" soupirait l’ancien premier magistrat, avant d’égratigner ses colistiers de 2001, acteurs d’un "épisode tristounet", celui des dernières élections qui l’ont définitivement éloigné de la scène politique. Hubert bouyssière achevait son discours en consacrant son successeur: ayant lui-même symboliquement passé l’écharpe tricolore autour des épaules du nouveau maire au printemps dernier, Hubert Bouyssière donnait hier sa bénédiction verbale, celle d’un père qui confie ses enfants en leur disant "je vous invite à faire une grande confiance au Maire Rébellac".
* Né le 6 novembre 1919, il a 26 ans lorsqu’il est élu conseiller municipal de Villevayre, sa commune de naissance, au lendemain de la guerre (1945). Il restera conseiller jusqu’en 1953, année où il est élu maire de Villevayre. Lors de la fusion de sa commune avec celle de Najac en 1965, il devient Maire des deux territoires ainsi réunis. « Indéboulonnable » depuis lors, il est néanmoins battu aux dernières élections municipales de 2008, quittant la scène politique après avoir également rempli les fonctions de conseiller général de l’Aveyron (1957 à 1998), et vice-président de l’assemblée départementale. Sa carrière compte également une tentative d’incursion au niveau national par la porte d’une candidature aux législatives en 1958 en tant que suppléant du Villefranchois Albert Trébosc.
« Marathonien de la politique », « poids lourds de la scène politique de l’ouest Aveyron », « visionnaire », Hubert Bouyssière a toujours présenté les avantages et les inconvénients de l’électron libre, charismatique, indépendant et frondeur, capable de lancer un ironique « depuis la décentralisation ils se prennent pour des roitelets » à l’adresse de son ennemi de toujours, Jean Puech , ou de tourner le dos à sa couleur politique par goût des représailles comme en 1998 où, éliminé au 1er tour des cantonales, il use de son influence locale pour favoriser Bernard Vidal, le candidat de gauche.
** Sa distinction de Maire Honoraire de Najac vient s’ajouter à celles de chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur et d’Officier de l’Ordre National du Mérite.