Voilà près de 2 ans que ce lot de 475m3 de Douglas, sélectionné et vendu sur pied aux enchères par l’ONF, attendait la coupe*… Difficile pour l’exploitant acquéreur de trouver un bucheron prêt à couper et débarder sur 12ha de bois dans les travers de la forêt communale de Najac (Mergieux). Une expérience nouvelle pour un chantier difficile
Nicolas Guillaume, bucheron indépendant installé à Béteille, accepte le chantier qu’il propose également à son collègue Guillaume Francès de Pradinas.Face à l’ampleur et la difficulté de la tâche, et malgré les engins mécanisés dont il dispose, Nicolas décide de compléter l’équipe par un 3ème professionnel à l’activité rare et méconnue: le débardeur à cheval: "Rien à voir avec l’image passéiste ou folklorique de la traction animale; il ne s’agissait pas de se faire plaisir, mais d’être plus rentable grâce au cheval. Cela faisait un moment que l’idée me trottait dans la tête; il a été particulièrement difficile de trouver un débardeur à cheval, mais par connaissances interposées, j’ai rencontré Julien Patin…"
L’association des termes rentabilité et traction animale semble plutôt incongrue au premier abord. Pourtant, Nicolas explique que grâce à l’intervention de Julien et ses 2 juments (Janis et Isoline), la capacité de débardage (sortie des bois de coupe en bord de route) a été multiplié par 3: "Le point noir à Najac en termes d’exploitation forestière tient bien sûr à la topographie du terrain. Julien et son cheval débusquent le bois bien plus vite que je ne le ferais avec une machine ; il est ensuite beaucoup plus facile et rapide de tracter le bois à la machine une fois que les futs sont rassemblés et rangés". Chantier peu lucratif de l’aveu des 3 professionnels, mais rendu rentable grâce à l’initiative de Nicolas et à l’intervention des chevaux.Outre le débusquage, c’est à Janis et Isoline que revient également la tâche de mettre au sol les Douglas "perchés", arbres qui ont été coupés mais qui restent droits du fait de la densité des branchages. "Sans le cheval, cette opération est plus dangereuse pour le bucheron".
Chaque parcelle de bois a ses spécificités et requiert un mode d’exploitation différent, mais sur cette coupe à Mergieux, l’intervention du cheval s’avère concluante: plus "maniable" que les machines, l’animal est compétitif sur les courtes distances de traction et permet de travailler sur des terrains inaccessibles aux engins.
Une méthode ancestrale qui fait toujours ses preuves
"Nicolas est le premier bucheron à m’avoir proposé un partenariat cheval/machine. Même s’il travaille avec des engins mécanisés, j’aime sa vision du métier et son sens du partage dans le travail". Bucheron tarnais passionné de chevaux, c’est presque naturellement que Julien est venu au débardage à cheval, ayant lui-même dressé 3 chevaux à cette fin. "Je n’ai suivi aucune formation, même s’il en existe une très bonne dans les Vosges à Mirecourt". Le duo homme/cheval évolue dans le calme de la forêt, seulement troublé par les ordres et les encouragements de Julien à sa jument ou par le craquement des branchages de l’arbre qui s’abat au sol. "C’est un travail super bon pour la santé, commente Julien en souriant, et plus agréable que le bucheronnage mécanisé: tu marches tout le temps, il n’y a pas de fumée, pas de bruit…". Dri, gauche, Ho, arrière, allez !… par ces courtes imprécations, il guide sa jument à la voix, s’aidant parfois de l’unique cordeau attaché au licol pour des raisons de sécurité. Même si le cheval de trait est sélectionné pour ses qualités morales de docilité, calme et courage, il n’en reste pas moins un animal de près de 900kg de muscle et d’os qui impose au débardeur de toujours rester vigilant.
Le débardage à cheval a été ici envisagé dans une complémentarité avec la machine, comme un partenariat et non un retour en arrière: "En France, une petite trentaine de débardeurs à cheval gagnent ainsi leur vie, principalement dans le nord est de la France. Nous aurions beaucoup de progrès à faire dans le domaine de la valorisation des ressources naturelles telles que le bois" clame Julien qui, à l’instar de Guillaume, déplore la mécanisation de la profession au détriment des bucherons eux-mêmes "qu’on n’appelle aujourd’hui que pour faire des coupes de merde, laissant les belles coupes aux machines!"
"Moi, j’aime travailler en forêt… bucheron, c’est pas un métier qu’on fait pour l’argent !" conclut Guillaume.
* Cette coupe vise à éclaircir la forêt (élimination des arbres "dominés") afin de valoriser les arbres qui restent en place et qui ne seront coupés qu’à maturité, à des fins de bois de construction. Le bois résultant de la coupe en cours à Mergieux est destiné à la fabrication de pâte à papier d’une part (St Gaudens) et de bois moulé pour l’emballage d’autre part (Mende).* Contacts: Nicolas Guillaume – 06.10.67.05.49. Julien Patin – 06.08.05.33.45. Guillaume Francès – 05.65.69.92.32.